Blog·Entretiens·Ressources

#02 – Cécile Doherty-Bigara: La sororité, l’amour et les nuits

Bonjour à toutes et à tous!,

Aujourd’hui sur le blog, je suis très heureuse de partager avec vous le chemin de maternité de Cécile Doherty-Bigara. Cécile est professeur de yoga, et elle tient le blog Le Palais Savant. Elle organise également des retraites et vous pouvez découvrir l’ensemble de son travail sur son site, ici. Elle est aussi la maman de Léon, qui a aujourd’hui 8 mois. Ensemble, nous revenons sur les différentes étapes de sa maternité, et je vous invite à écouter notre échange via le fichier audio qui accompagne cet article. L’enregistrement n’est pas toujours d’une très grande qualité, mais j’espère que la teneur de notre échange compensera cet aspect technique, et que vous aurez autant de plaisir à nous entendre que j’en ai eu moi-même à partager ce moment avec Cécile.

Un grand merci Cécile, pour ce partage si riche, si touchant et pour ta confiance et ta grande sororité!

visuel-Cécile-Doherty-Bigara

 

 

 

Cécile, quel était ton rapport à la maternité avant d’être enceinte, est-ce que c’est quelque chose que tu projetais, est-ce que tu te voyais mère?
Je crois que pendant mon enfance et mon adolescence, être maman ça me paraissait être un passage obligé. Avant d’avoir Léon, j’ai commencé à m’intéresser au féminisme et à lire des femmes qui exprimaient le choix de ne pas avoir d’enfant. Je me souviens d’une écrivaine que j’aime beaucoup, qui disait que les femmes devraient se demander si dans cette vie, elles veulent être mères ou une super tante, et j’ai adoré cette idée. On est la première génération de femmes qui peut réellement se poser la question « Est-ce que je veux être maman? », et non pas « C’est un passage obligé », comme je l’ai pensé toute mon enfance et comme sans doute la plupart des femmes avant nous ont abordé la maternité, sans sentir que le fait d’avoir un enfant pouvait être un choix réel, et non quelque chose qui ferait nécessairement partie de la vie.
Donc justement, avant d’avoir Léon, j’étais dans une phase où je me suis autorisée à vraiment questionner cette possibilité et je suis contente d’avoir pu sentir que j’avais ce pouvoir décisionnel dans ma vie. Je me sens reconnaissante de vivre à une période où en tant que femme, j’ai pu questionner ça.
D’ailleurs je suis passée par une phase où je voyais surtout les désavantages de la maternité: le manque de liberté ou ce qui semble être un manque de liberté et la fatigue que je lisais sur les visages des mamans que je voyais dans la rue!
Et puis finalement, il y a eu un jour où, physiquement, j’ai ressenti l’envie de créer un bébé, j’ai vraiment senti dans mon bas-ventre l’envie de porter un enfant. Ce n’était pas rationnel, et en parallèle j’avais encore en tête les aspects les moins séduisants de la maternité, mais cette sensation physique était là, et j’en ai parlé avec mon compagnon ; six mois plus tard, j’étais enceinte!

cecile&johann_98.jpg
crédits photos: Laura Boil Photography.

Donc pour toi c’est d’abord passé par le corps, et tu as eu quand même un moment où quelque chose de rationnel est venu valider ton ressenti physique?
Non, dès qu’on laissait parler le rationnel, c’était surtout les choses qui nous freinaient ou nous faisaient peur qui émergeaient : la stabilité financière, le fait d’être mieux installés… Quand on s’engageait dans les discussions rationnelles je sentais qu’il y aurait toujours des aspects sur lesquels on ne se sentirait pas prêts. Pourtant dans mon corps c’est comme s’il y avait eu un interrupteur on/off, et que maintenant la lumière était allumée. Donc c’est vraiment passé par le corps d’abord.
Le fait qu’autour de moi je commençais à voir de plus en plus de femmes, de copines qui devenaient mamans, ou des gens qui m’inspiraient, des écrivaines, ça a joué. Le fait de voir des exemples de femmes qui s’épanouissent dans la maternité, qui arrivent à travailler, qui ont l’air de se sentir bien, ça permet de se dire que c’est possible. On peut se projeter.

Il y a aussi eu un événement qui a eu lieu 3 semaines après que je sois tombée enceinte. Durant une retraite de yoga, alors que je ne savais pas encore que je portais un bébé, j’ai pris conscience d’un héritage familial qui était assez lourd pour moi. J’ai réalisé que venant d’une famille de voyageurs et d’expatriés, mes ancêtres et moi avons fréquemment vécu des moments d’isolement. De solitude. De ne pas trouver notre place. Alors pour ne plus subir cette solitude, j’ai décidé que j’étais une personne introvertie. C’était ma façon de ne plus subir la peine de cette solitude, mais de me l’approprier. C’était une façon de le vivre comme un choix et de redevenir active face à cette situation. J’ai donc pris conscience de tout ça, et quand c’est remonté durant la retraite, quand j’ai vu véritablement le mécanisme que j’avais mis en place, j’ai pu le laisser partir, relâcher ce poids des ancêtres. J’ai besoin des gens ! J’ai besoin d’avoir des amies et de ne pas marcher seule. Le fait que cela se passe 3 semaines après le début de ma grossesse, je l’ai vraiment vécu comme le fait de laisser partir quelque chose du passé, quelque chose qui venait avant moi, pour me sentir d’avantage prête à créer ce qui venait après moi.

 

Est-ce que tu as eu envie de partager ce ressenti avec ta famille? Comment ta grossesse et ta maternité ont transformé les liens entre vous?
Je n’ai pas partagé ça directement avec ma famille, mais en revanche au moment de ma grossesse j’ai commencé à faire un arbre généalogique, et c’est vrai que ça ne m’avait pas spécialement intéressé plus tôt. D’une certaine manière le fait d’être enceinte m’a donné envie d’en savoir plus sur mes ancêtres, connaître l’épopée de mes arrières grands-parents, retracer leur histoire.
Et maintenant, depuis la naissance de Léon, je porte aussi un autre regard sur ma relation avec mes parents: le fait de savoir à quel point c’est dur de « bien faire » vient questionner tous les reproches que l’on peut faire à ses propres parents, car on réalise de l’intérieur que chacun fait de son mieux. C’est un peu le monde qui se retourne comme une crêpe quand on devient soi-même le parent, et qu’on commence à penser aux reproches que nos enfants pourraient nous faire dans 15 ans! Chaque jour on se couche en pensant à tout ce qu’on n’a pas fait comme on aimerait, malgré tout l’amour qu’on a dans le cœur! J’ai donc beaucoup plus de mal à en vouloir à mes parents. Je mets souvent en comparaison la patience que j’espère que mon fils aura avec moi, et la patience que je ne parviens pas toujours à avoir envers mes propres parents. Le fait de devenir mère soi-même nous ouvre vraiment à la complexité et à la difficulté de la parentalité.

Oui, et au moment de l’arrivée d’un enfant, toutes les relations familiales sont modifiées, chacun prend une nouvelle place.
Oui, il y a un bébé qui naît, un papa et une maman, des oncles et des tantes, des grands-parents! Tout le monde naît à un nouveau rôle, et donc toute la famille est bouleversée. Et bien sûr chacun à son regard sur l’enfant qui vient de naître. Il y a parfois des remarques maladroites, faîtes par des proches, qui peuvent donner le sentiment qu’on ne fait pas ce qu’il faudrait avec son bébé. Personnellement, ce qui m’aide beaucoup, c’est d’essayer de percevoir l’émotion qu’il y a derrière les mots. Car souvent, l’émotion derrière, c’est l’amour. Eux aussi aiment Léon, et veulent le meilleur pour lui. Et d’avoir cela en tête, ça m’aide à me sentir plus détendue, et moins crispée quand je pourrais avoir le sentiment qu’on ne me fait pas confiance, ou que l’on pointe du doigt quelque chose qui ne va pas. J’essaye de percevoir l’émotion derrière leurs mots. Ça me permet d’être moins sur la défensive.

C’est vrai que quand on devient maman, on est d’une certaine manière dans la nécessité de prendre position pour notre enfant, dans nos choix éducatifs par exemple, et c’est quelque chose que chaque jeune maman vit dans son quotidien. J’ai trouvé particulièrement intéressant que dans ton cas, du fait de ta visibilité sur internet, cela renforce tes prises de position dans une sphère plus publique. Je trouve ça vraiment intéressant en terme féministe, car je me dis souvent que si toutes les femmes qui deviennent mères pouvaient d’avantage prendre position de manière publique, ça ferait bouger beaucoup de chose, plus rapidement.
En fait devenir parent c’est collectivement banal, une grande majorité de gens vivent cette expérience, et collectivement les espèces se reproduisent, on voit ça partout. Mais individuellement, c’est complètement fou. Individuellement quand on devient parent, et plus particulièrement pour les femmes, quand on crée soi-même un être humain de toute pièce, c’est un moment tellement fort, que ça booste notre confiance en nous, ça nous fait prendre conscience que tout est possible, puisqu’on a la capacité dingue de créer un autre être vivant. D’un coup, il y a plein de choses qui s’ouvrent, et durant la grossesse, il y a des moments où si tu t’arrêtes sur ce qui se passe dans ton corps, c’est trop grand pour que ton esprit saisisse tout ça, l’énormité de la magie et des forces qui sont en œuvre pour créer un être humain! Durant une échographie par exemple, je me disais « Mais tu as créé une colonne vertébrale!!! » C’est collectivement banal, mais individuellement dingue. Tous les doutes que tu peux avoir sur toi, toutes les fois où tu peux penser que tu manques de ressources ou de pouvoir, et quand tu réalises finalement que tu peux créer un être humain, ça questionner sur le pouvoir que l’on a entre les mains. Du coup, ça m’a fait prendre conscience que je pouvais avoir de l’impact sur les choses. Le fait de réaliser que j’avais en moi cette énergie créatrice, qui nous dépasse, qui est immense, donne de la force pour agir. Ça a ouvert une porte, et ça peut pousser à s’affirmer d’avantage.

Et d’un autre côté, en contraste, il y a le post-partum, durant lequel j’ai l’impression de ne jamais avoir eu aussi peu confiance en moi. Je me sentais vraiment « débutante », et quotidiennement cette sensation revenait: tu fais de ton mieux, mais contrairement à d’autres sphères de la vie où tu plus tu pratiques, plus tu apprends, dans le post-partum, tu continues de te sentir débutante. Je n’avais pas le sentiment de gérer, de gagner en maîtrise avec le temps.
Pour moi, il y a vrai contraste entre cet espèce de soleil de la création qui irradie et vient te donner plein de confiance, et cette sensation de ne pas gérer par la suite.

cecile&johann_103
crédits photos: Laura Boil Photography.

 

Oui, et c’est vrai qu’on est très peu préparées à ce post-natal en tant que femmes.
Pour ma part, j’en ai beaucoup voulu justement à toutes ces femmes qui m’avaient d’abord inspirée, et qui paraissaient tout gérer. Quand Léon est arrivé, que j’étais dans le jus avec mon bébé de 3 mois, et que dans ma journée, le seul moment que j’avais pour moi, c’était ma douche de 10 minutes, le fait de voir d’autres femmes avec leur bébé du même âge, qui pouvaient travailler, faire des sorties, continuer à vivre comme si rien ne c’était passé, ça m’a donné une sensation d’échec très forte. Comment ces femmes qui ont, comme moi, 24 heures dans leur journée, peuvent faire tout ça, alors que moi je peux à peine prendre une douche!? Ça a été une telle sensation d’échec! Et c’est aussi en partie pour ça que je me suis éloignée d’internet pendant le post-partum, parce que ça me faisait trop de peine de vivre ces comparaisons. Et d’ailleurs les rares fois où j’ai partagé des choses sur internet, durant cette période, c’était important pour moi de partager ce qui était difficile.

Pour traverser cette période difficile du post-natal, et avant cela, la grossesse et la naissance, quelles ont été tes ressources, qu’est-ce que tu as privilégié, sur quoi as-tu pu t’appuyer?
Pendant la grossesse, ça a été de sentir que chaque jour je me connectais à mon bébé, parce que même quand on est enceinte, la vie continue: il y a le travail, les courses à faire, des papiers à remplir, tout le quotidien, et on peut rapidement être entraînée et laisser passer la journée sans se focaliser sur la grossesse! Du coup avoir une pratique de yoga, et l’haptonomie, ne serait-ce que 10 minutes dans la journée, ça m’a aidé à me dire que oui, vraiment, j’étais présente à ma grossesse.

Pour l’accouchement, ce qui m’a beaucoup aidé, c’était de m’informer. Je sais qu’il y a différentes écoles et que certaines femmes font confiance à l’équipe médicale, ou à leur corps, en se disant que le corps sait ce qu’il faut faire, mais pour moi ça a été vraiment positif de m’informer, de lire sur ce qui se passe au moment de l’accouchement d’un point de vue physique et d’un point de vue légal: savoir ce à quoi je pouvais dire oui ou non, connaître les termes médicaux, savoir ce que c’est qu’une épisiotomie, à quoi servent les ventouses, ce qu’on peut demander pour les tous premiers instants après la naissance… Tout ça m’a permis de comprendre à quel point c’était important que je reste dans mon corps, et d’avoir toutes les infos en amont m’a aidé à ne pas remonter dans ma tête. J’ai pu rester concentrée sur ce que je vivais au moment des contractions et ça a été essentiel pour moi de rester dans le noir, de garder les yeux fermés, de ne pas parler. Du coup c’est mon compagnon qui était l’interlocuteur de l’équipe médicale, et moi j’avais mes outils de respirations, et de concentration, pour rester centrée sur ce que je vivais, et de ne pas me sentir submergée par les contractions.

Puis dans le post-natal, ce qui m’ a vraiment aidé c’est l’alimentation. On avait préparé des bouillons nourrissants qu’on avait congelé, et on a vraiment privilégié le fait de bien manger, plutôt que d’avoir la maison rangée et recevoir nos proches. Ça a été super important d’avoir des repas nourrissants, chauds, cuits, faciles à digérer, onctueux, plein de légumes et riches, des smoothies plein de nutriments, des aliments pour booster mon énergie, des fruits séchés, des purées d’oléagineux…
[ Vous pouvez retrouver un article de Cécile sur ce sujet sur son blog, ici]

Comment tu t’es organisée concrètement pour avoir suffisamment longtemps cette alimentation nourrissante? Est-ce que c’est toi qui cuisinait ou est-ce que quelqu’un cuisinait pour toi?
C’est mon compagnon qui préparait les repas, et j’ai privilégié le fait de rester allongée le plus longtemps possible. Ce qui m’a énormément surprise c’est l’état de faiblesse dans lequel je me sentais après l’accouchement. J’ai été surprise par les saignements pendant un bon mois, et par cette sensation de faiblesse, vraiment. C’est clair que si mon compagnon n’avait pas été là, je serais allée chercher dans mes ressources qui avaient déjà été bien affaiblies par la grossesse et l’accouchement, et oui, heureusement que je n’ai pas eu à aller puiser encore là-dedans. Je trouve d’ailleurs qu’il y a une grosse injustice à ce que les parents n’aient pas le même congé à la naissance car ça envoie le message que c’est d’avantage le bébé de la mère, que celui du père.

cecile&johann_162.jpg

 

Est-ce que, aujourd’hui, tu as le sentiment d’avoir trouvé un équilibre entre ta vie personnelle et ta vie professionnelle, et comment la maternité vient nourrir ta pratique de professeur de yoga?
Quand j’ai recommencé la pratique de la méditation et du yoga, j’ai eu la sensation que mon monde s’ouvrait à toutes ces personnes qui durant les cours que je donnais, me parlaient de leur fatigue et de leur manque de temps pour elles. Aujourd’hui, je ressens encore plus à quel point ces pratiques sont incroyablement bénéfiques, et à quel point ces temps que nous prenons, et que je propose à travers mes cours, ont de la valeur. Le fait de m’être ouverte à un monde de grande fatigue et de très peu de temps pour soi, me fait me sentir plus reliée à toutes les autres femmes qui sont aussi mères. C’est comme ce moment où, dans la rue, on croise d’autres mamans, et soudainement, sans qu’il y ait le moindre mot échangé, il y a une telle sororité, une telle connexion qui se crée, et qu’on a envie de leur dire «je sais ce par quoi tu passes »… Il y a un lien magnifique qui se crée. Ce sont instantanément des sœurs et des amies.
Et côté équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle, il y a eu une période où je me suis sentie vraiment hors du monde, dans ma maison, à prendre soin de mon bébé alors qu’au-dehors les gens continuaient à vivre, et maintenant, j’arrive à un moment où j’ai encore plus confiance dans ce que je propose, et dans la valeur de mon métier.

 

Je voulais enfin te poser une question qui préoccupent probablement toutes les jeunes mamans, mais que l’on pose rarement, et qui est pour moi assez révélatrice de la solitude ET de la connexion que l’on vit en tant que mère, car nous traversons toutes cette épreuve, mais nous la traversons le plus souvent seule: Comment se passent tes nuits?
C’est un sujet vraiment très sensible pour moi, et je suis encore clairement dans la digestion de ce qui s’est passé. C’est parfois difficile de parler de maternité sincèrement, parce que c’est lié à la personne que l’on aime le plus au monde, et on peut avoir peur que ça entache cet amour-là. Si on dit qu’on galère dans notre rôle de maman, on a peur que ce soit associé à cet enfant, qu’on aime, donc on a du mal à parler d’émotions lourdes et négatives, on a du mal à parler de colère, de tristesse, de solitude, parce que c’est tellement proche de ce grand soleil dans notre vie. On ne veut pas que, qui que ce soit, puisse croire un seul instant, que l’on n’aime pas assez notre enfant, que l’on n’est pas assez là pour lui. Du coup, on ne s’autorise pas à nommer des choses frustrantes ou désagréables.
De mon côté, j’ai un amour fou et une dévotion complète pour mon enfant, mais ce concept de s’épuiser pour que ton enfant se repose, ce moment où tu sens ton corps à bout… Tu berces ton enfant et tu as la tête qui tourne, tu es épuisée mais tu continues pour que lui puisse se reposer, c’est … ça vient appuyer sur des choses vraiment difficiles pour moi.
Et ce qui est difficile aussi c’est la comparaison. Je dirais que Léon n’était pas un bébé facile pour le sommeil. Aujourd’hui il a 7 mois et demi et il se réveille encore la nuit et il y a tous ces gens qui te disent qu’à 3 ou 4 mois les bébés font leur nuit, et du coup tu te demandes forcément où tu as loupé quelque chose. Ça ne facilite pas la chose.
Et puis il y a cet épuisement, le fait de passer parfois ta journée entière à bercer ton enfant.
Chez nous, avec mon compagnon, on est vraiment à 50/50 dans les tâches ménagères et dans tout ce qui concerne Léon, du coup, quand je me levais, il se levait aussi. Je me levais pour allaiter Léon, et ensuite il se réveillait pour le bercer et l’endormir. Et je me souviens que ma mère me disait « mais non, il vaudrait mieux que ce soit toi qui te lève et qu’au moins l’un de vous puisse se reposer! ». Mais pour moi, c’était un moment à partager à deux. Et maintenant qu’il dort mieux, on se lève en alternance. Cela dit il n’y a pas que les nuits, il y a toutes les siestes, tout le temps que tu passes à essayer de l’endormir, il y a tous les tests que tu fais pour essayer de trouver LE truc qui va fonctionner.
Donc globalement ça a été vraiment la galère, et il n’y a jamais rien eu dans la vie qui m’ait autant bousculé que le sommeil de mon enfant.
D’ailleurs aujourd’hui encore, je n’ai pas encore assez de recul pour trouver les enseignements, la leçon derrière cette situation. Je sens que je dois encore me pardonner d’avoir ressenti de la colère. C’est encore très frais pour moi.
D’ailleurs s’il y aurait quelque chose à retenir, c’est que je n’ai pas le sentiment de « gérer ». Je ne gère pas la maternité comme une chose parmi tant d’autres dans la vie. Et je ne veux pas renvoyer cette image-là non plus, car je trouve important de rester connectée, avec tendresse et vulnérabilité, à tous les parents qui vivent eux aussi cette grande aventure tellement belle et si déroutante de la parentalité!

cecile&johann_110
crédits photos: Laura Boil Photography.

 

Encore un grand merci à Cécile d’avoir accepté de partager avec nous son chemin de maternité, j’espère que vous avez eu autant de plaisir à lire notre échange que j’en ai eu moi-même à partager avec elle!

Je vous dis à très bientôt dans les Mots Doux ou sur les réseaux sociaux,

Prenez bien soin de vous,

Kristelle

___

Pour aller plus loin dans votre démarche, découvrez l’e-book gratuit de Karma Mamas → 5 grandes pistes pour une grossesse saine & sereine!:

visuel-pour-photos.jpg

 

 

 

 

 

 

6 commentaires sur “#02 – Cécile Doherty-Bigara: La sororité, l’amour et les nuits

  1. Merci beaucoup pour ce partage. C’est tellement vrai cette différence, ce gouffre qui peut être ressenti entre la puissance de l’accouchement, et la vulnérabilité dans laquelle on se trouve pendant le postpartum.

    1. Oui, Cécile en parle très bien, et c’est si fort. Les femmes qui deviennent mères ont vraiment besoin de soutien pour ça! Merci pour votre retour, je suis contente que ce partage vous touche.

  2. Tu n’as rien raté Cécile…les autres non plus..certains font leur nuit très tôt, très vite, d’autres très tard, d’autres selon les périodes..la « qualité » d’une mère ne se mesure pas à la qualité du sommeil de son enfant.
    Tout ou presque est normal, la vérité c’est que les enfants ont un sommeil différent de celui des adultes et ce jusqu’à l’âge de 6ans minimum, ce n’est pas un avis, c’est scientifique. Et dans tout le panel des possibles chaque famille fait ce qu’elle peut comme elle peut avec son bébé, son quotidien et son histoire.
    Ma vérité, c’est une petite fille de presque 3ans qui n’a pas fait une nuit avant ces 2ans, qui dort toujours avec papa et maman et qui fait toutes ses siestes dans la voiture. Une petite fille qu’on a bercé jour et nuit pour qu’elle dorme comme la société qui nous entoure voudrait qu’elle dorme jusqu’à s’épuiser physiquement, jusqu’au ras le bol, jusqu’à se dire honteusement au fond de nous même dans un coin de notre tête que c’était mieux avant. Je ne crois pas que nous soyons des mauvais parents mais juste des êtres humains finalement très seuls face à notre parentalité. Et notre fille on l’aime, ça c’est notre seule certitude.
    Alors oui la confiance revient doucement, mais peut être plus comme avant, c’est peut être ça le secret la parentalité c’est un chemin pour se découvrir, devenir meilleur et il faut bien une vie entière pour ça.
    Alors à toutes les femmes, parents qui ont traversé, traversent ou traverseront ces moments difficiles..vous n’êtes pas seuls, nous sommes liés avec vous par le coeur.

    1. Merci Mélanie pour ce beau partage. Oui, chaque famille fait comme elle peut, et la quantité de sommeil d’un bébé n’a rien à voir avec les compétences des parents. Je garderais cette belle formule pour la partager avec d’autres mamans qui auront besoin de l’entendre! Merci d’avoir pris le temps de déposer un commentaire ici!
      Et vive cette belle sororité!

      Kristelle

  3. Merci Kristelle et Cécile pour ce bel échange! Je vous suis toute les deux depuis un moment (surtout Cécile, bien avant ma grossesse déjà), et je suis ravie de voir que mes deux petites lanternes dans le noir quand ça ne va pas se sont donnés rdv!! 😉 Alors encore un grand merci, ça fait tellement de bien de voir qu’on se pose toutes les mêmes questions finalement, qu’on passe toutes par des phases très dures et très noires mais qu’au bout, il y a le soleil…un jour 🙂 Et votre point de vue si différent de ce qu’on trouve dans le monde « conventionnel » de la maternité fait du bien aussi. Je vous aime! <3

    1. Merci pour ce si beau et si touchant retour Amélie! C’est tellement important de pouvoir entendre des histoires authentiques, avec du beau et du sombre, tout ça mélangé, en même temps. Et tellement important de pouvoir se reconnaître les unes dans les autres, pour se soutenir et se sentir comprises! Chaque femme qui apporte son témoignage de la maternité soutient forcément une autre femme, à un moment ou à un autre! Et donner un bel impact à tout ça en se servant des moyens modernes de communiquer, c’est vraiment un des objectifs de Karma Mamas!
      Oui, le soleil est toujours là, même derrière les gros nuages de certains jours du quotidien! ❤
      Une belle étreinte pour toi!

      Kristelle

Laisser un commentaire