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Post-partum noir bonbon

C’est la reprise du blog Karma Mamas! A partir de maintenant, je prévois de publier 2 articles par semaine, les lundi et mercredi. Pour commencer, voici un premier « article » qui est en fait plutôt un texte personnel sur mon post-partum, ces premiers mois en tant que maman de 2 enfants. Comme tu vas pouvoir le constater, cette période n’a pas été toute rose, plutôt même assez sombre, et je suis vraiment contente d’en être sortie! Pourtant, la naissance de Milo à la maison (tu peux lire le récit ici), a été un moment complètement magique, et un lien très fort s’est créé entre nous. Il n’empêche que de s’occuper 24h/24 de deux enfants de même pas 2 ans 1/2, ça a été un vrai challenge, un challenge épuisant. 

Je te laisse lire tout ça.

Et j’ajoute une dernière chose: en général, je choisis des photos que je trouve « jolies » pour illustrer mes articles; ici j’ai choisi exprès des photos toutes simples de mon quotidien de cette époque, des instants que j’ai pris en photo en me disant « voilà, là je vis ceci dans ma vie de Maman, et dans quelques temps, ça sera différent ». Elles sont sans fard, sans filtre, sans recherche esthétique, de simples témoins du temps passé. Voilà.

 

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Milo & moi, sans fard, sans filtre
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quelques heures après sa naissance. ♡

 

Aujourd’hui cela fait 7 mois que Milo est né. Sept mois que nous sommes 4. Sept mois que je le berce, que je le nourris, que je l’endors, que je le change, que je le chatouille, que je lui chante des chansons, que je mouche son petit nez, que je coupe ses ongles, que j’essaye de prendre soin de lui, du mieux que je le peux. Sept longs mois.
Car on pourrait dire que sept mois c’est tout petit, pas grand chose, que ça passe vite. Certaines personnes disent d’ailleurs cela, quand on exprime que c’est « un peu » dur, de s’occuper d’un bébé. On dit « oui mais tu sais, ça passe vite, et après on regrette ces moments-là ». Oui. Je vais regretter ses petites mains qui m’agrippent et me caressent, ce visage qui s’illumine d’amour dès que j’apparais, cette peau si douce qui appelle tous mes baisers, toutes mes caresses. Je vais regretter ces longs câlins emmêlés, enroulés autour de mon sein, tout contre mon cœur. C’est sûr.

Mais je vais être franche, wahoo, ces mois ont été si durs. Vraiment, vraiment, vraiment durs. S’occuper d’un nouveau-né, avec un plus grand de deux ans, 24h sur 24, en pleine période d’opposition/régression/autonomie, c’est un peu comme avoir deux bombes à retardement sensibles aux chocs, au froid, au chaud, à tout, entre les mains, et personne pour vous seconder si vous voulez simplement allez faire pipi. (Et je suis sûre que la plupart des mamans qui me lisent savent de quoi je parle.) Ajoutez à cela que Milo est un bébé qui dort peu, et de préférence en voiture (→ quand moi je ne dois surtout pas somnoler!), et vous obtenez une mère épuisée, au bout du rouleau, à deux doigts de mettre ses deux petites bombes dans le jardin, sous la pluie, dans le vent, et de fermer doucement la porte pour juste    d o r m i r    quelques heures d’affilée par pitié.

J’ai beaucoup pleuré. Par périodes, tous les jours. La nuit, à 01h du matin, quand je berçais Milo après des heures et de heures de patience et de compromis, réveillée depuis 6h du matin, sans aucune pause car mes petits font la sieste en décalé. J’ai pleuré le soir quand mon conjoint rentrait du travail, et qu’à bout de nerfs, je pouvais enfin prendre quelques minutes pour souffler. Quand le matin je me réveillais après une nuit qui n’en avait que le nom, allaitant mon bébé toutes les 2 heures, et devant maintenant m’occuper de mon plus grand, en pleine forme (alors que j’avais accouché trois semaines plus tôt).
J’ai cherché de l’aide, et je n’en ai pas beaucoup trouvé: je n’avais pas besoin de parler, d’être comprise, j’avais besoin de quelqu’un pour être auprès de moi dans cette tâche colossale de satisfaire les besoins de deux bébés (car Saule est redevenu un bébé durant les 6 premiers mois de vie de Milo). Mais la difficulté, c’est que tous mes proches (mon conjoint compris) travaillant, il n’y avait personne pour m’aider, de manière concrète, ou du moins pas suffisamment. Je me suis donc concentrée sur mon effort: tenir le coup.

Tenir le coup, laisser sortir la peine, la colère, la frustration, le chagrin. Les laisser sortir pour que puisse exister aussi la joie et la gratitude, et pour ne pas imploser face à tous ces sentiments, vécus de manière si intense, avec si peu de possibilité de recharger mes propres batteries. A ce stade-là, il ne s’agissait pas de retrouver « du temps pour moi ». Il s’agissait de me sentir à nouveau humaine: dormir plus de 2h d’affilée, me doucher régulièrement, prendre un repas chaud, aller aux toilettes sans me dire vitevitevite, pouvoir parler avec quelqu’un d’autre que mes enfants, sortir. Sortir de chez moi (pour autre chose que pour les courses en 4ème vitesse (entre deux tétées, les siestes et le goûter, avec mes petits sous le bras).

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Je me rappelle avoir pris cette photo un jour de grande fatigue, juste après avoir changé 3 couches, donné 2 repas, soigné 1 bobo, et mis Saule à la sieste, en moins d’1 heure. Je trouvais ça fou, et je me sentais comme une « guerrière » quand je parvenais à faire tout ça sans qu’une crise éclate.                     (Et maintenant, ça me paraît juste le quotidien!  )

 

Alors oui, c’est un tableau assez noir que je fais là, mais je ne vais pas te mentir, ni me mentir à moi-même: c’est difficile à admettre, mais ce post-partum n’aura pas été parmi « les plus belles périodes de ma vie ». Et je trouve ça important de le dire, et de l’écrire, car ce qui est formidable et terrible, c’est que maintenant que ça va un peu mieux, que je commence à dormir un peu plus, un peu plus souvent, que chacun découvre et retrouve son autonomie, qu’un rythme plus tenable s’est installé, maintenant que je redeviens petit à petit moi-même, je commence déjà à oublier. Je regarde les petites mains de mon bébé, et j’ai déjà la nostalgie de ces moments de tendresse avec lui, de son babillage si doux à mon oreille, de sa frimousse de bébé qui se transforme déjà, peu à peu, trait après trait, en frimousse de petit garçon. Voilà: on oublie. Il y a sûrement des bébés qui dorment plus que d’autres, des circonstances extérieures plus ou moins faciles, cela n’empêche pas que ce soit dur, de prendre soin d’un nouveau-né, et surtout dans notre société, où les parents et plus précisément les mères, sont si isolées, et rencontrent si peu de soutien pratique, concret.

Et comme on oublie, on se retrouve soi-même à ne pas forcément « savoir comment » soutenir une jeune maman, à redire ces phrases-type que l’on a soi-même entendues, et qui ne sont d’aucun secours. Voilà pourquoi je veux essayer de ne pas oublier, puisque je veux pouvoir aider les futures et jeunes mamans autour de moi, dans mon métier d’accompagnante périnatale.

 

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Milo a 1 mois, j’essaye de travailler pendant les siestes de Saule (mais ça ne fonctionne pas vraiment hein!)

Si par hasard tu lis ce texte alors que tu n’es pas toi-même en période de post-partum, mais que tu as une jeune maman dans ton entourage, s’il te plaît, n’attends pas qu’elle demande de l’aide: nous le faisons rarement, quelles que soient les circonstances (en dehors du post-partum aussi je veux dire, c’est toujours difficile de demander de l’aide). Tu peux prendre l’initiative de lui rendre visite, de lui apporter un plat qu’elle pourra congeler, de bercer ou de distraire son bébé si elle est d’accord, de l’encourager, de prendre de ses nouvelles régulièrement, de lui faire sentir qu’elle n’est pas seule, de passer un coup de balai (même si elle râle et dit que ce n’est vraiment pas la peine), de l’encourager à échanger avec d’autres jeunes mamans.

Et, si tu es une jeune maman, et que tu te sens mal, n’attends pas trop longtemps en te disant que ça va passer (comme le dit parfois notre entourage). Ça va passer, certes, mais quand et surtout à quel prix? Ta santé physique et mentale sont essentielles pour t’occuper de tes enfants, et pour toi-même également bien sûr, mais on pense rarement à soi quand on vient de donner la vie.
Si tu sens que ça ne va pas, et que tu n’as pas d’écoute autour de toi, saute le pas, même si c’est dur, et contacte par exemple l’association Maman Blues, ou une accompagnante périnatale, parle à ta sage-femme, à une doula, au psy de la PMI, à toute personne qui croise ta route et pourrait t’aider, même un tout petit peu: le premier pas est difficile, mais nécessaire. Sortir de l’isolement est vraiment important. Si tu en ressens l’envie ou le besoin, je propose aussi des échanges individuels dans lesquels nous pouvons aborder toutes les thématiques qui touchent à la maternité: pour ça, il suffit de me contacter par mail!

Voilà, cette période aura été vraiment difficile, mais vous savez quoi, j’en ressors avec une détermination encore plus farouche pour soutenir les futures et les jeunes mamans, et pas mal d’outils dans ma besace, auxquels j’ai eu tout le loisir de réfléchir durant mes longues insomnies, berçant et allaitant mon petit Milo chéri.

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Encore plus ancrée, encore plus déterminée!

Si cet article te parle, n’hésite pas à le partager sur tes réseaux sociaux et autour de toi, à suivre Karma Mamas et à t’abonner à mes Mots Doux (des infos sur la périnatalité et sur Karma Mamas, du contenu plus intime, et des ressources pour prendre soin de soi, toutes les 2 semaines, directement dans ta boîte mails), ou si tu en ressens le besoin, de me contacter pour un échange individuel autour de tes besoins!

Je te dis à bientôt, prends bien soin de toi,

 

Kristelle

 

 

2 commentaires sur “Post-partum noir bonbon

  1. Merci pour ce témoignage ! La pression liée à l’image de la mère aimante et épanouie h24 empêche souvent les femmes d’exprimer leurs peurs et leur détresse. Il est important pour nous de savoir que nous ne sommes pas seules.

    On en parle beaucoup moins mais certaines d’entre nous souffrent aussi de « dépression pré-natale ». La grossesse peut se révéler un moment très perturbant et difficile physiquement mais aussi psychologiquement. Je pense qu’il serait intéressant de faire un article dessus. Il n’y a malheureusement que très peu de témoignages sur le syndrome dépressif pendant la grossesse, ce qui ajoute à l’angoisse de ne pas être normale et à la hauteur.

    Encore merci.

    1. Tu as entièrement raison, et c’est vrai qu’on a souvent l’impression que la grossesse devrait nous faire nager dans le bonheur, comme si c’était déjà humainement possible d’être continuellement heureuse: ça n’est déjà pas le cas en temps normal, alors avec autant de transformations dans notre corps et notre esprit, n’en parlons pas! Enfin, si, parlons-en plutôt, et d’ailleurs j’évoque cette nécessité de déculpabiliser dans mon e-book et dans les échanges individuels, car je sais que beaucoup de futures mamans, même si elles ne vont pas jusqu’à la dépression, ressentent fréquemment des sentiments très ambivalents, de tristesse, de peur, et ce sentiment sur lequel tu mets des mots très justes de ne pas se sentir à la hauteur.

      En tout cas c’est une très bonne idée d’article, merci, et merci pour ton commentaire et la façon dont tu communiques sur ton vécu. Chaque témoignage est précieux, alors merci aussi.

      Kristelle

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