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Accouchement – Notre imaginaire

Bonjour à toutes et à tous!,

Aujourd’hui j’ai eu envie de te parler accouchement, et plus spécialement, de notre imaginaire autour de l’accouchement, en ce qui concerne notre corps. Dans ma vie personnelle et dans les échanges individuels que je propose aux futures et jeunes mamans, j’ai constaté que, bien que nous n’ayons pour la plupart d’entre nous jamais assisté à des accouchements, nous avons en tête certaines images qui constituent une sorte d’héritage imaginaire de la naissance. Sur quoi repose cet héritage imaginaire? Sur ce que l’on a pu entendre des accouchements d’autres femmes, et sur ce qu’on a pu en voir, lorsqu’une naissance est représentée, soit dans la littérature, soit au cinéma. Sûrement aussi de manière inconsciente sur ce que l’on a vécu soi-même lors de notre naissance, car non seulement c’est le seul accouchement que nous ayons vécu avant d’être enceinte, mais c’est aussi souvent le seul auquel nous ayons « assisté », bien que l’on n’en garde aucun ou peu de souvenir conscient (pour ma part aucun je dois l’admettre).

Si tu te reconnais dans ce que j’écris, sans doute que comme moi, avant d’être enceinte et de t’intéresser à la naissance, tu avais en tête un tableau plus ou moins figé, représentant une femme, couchée ou semi-assise, les jambes écartées, en train de pousser, le visage déformé par la douleur. Peut-être est-elle en train de crier? Elle est sans doute entourée par des sages-femmes, des médecins peut-être? Elle se trouve dans une pièce prévu pour l’accouchement, plutôt anonyme, et son compagnon se tient près d’elle, sur le côté, présent mais légèrement en marge de « l’évènement ». Peut-être pourra-t-il s’avancer pour couper le cordon quand tout sera fini.

J’avoue que c’est comme ça que je me représentais un accouchement avant d’être enceinte. Je n’avais jamais vu d’image de « vraies » naissances, seulement des scènes de films, peut-être de livres.

En réfléchissant à ce tableau, qui, il me semble, reste assez répandu dans nos imaginaires respectifs, je trouve frappant de constater à quel point le corps de la femme est exhibé à peu près partout dans notre société, et souvent de manière sexuée, comme objet de désir, pour nous vendre des yaourts ou des voitures, mais comme le corps des femmes reste caché quand il s’agit de naissance. C’est finalement presque drôle de se dire que le sexe est suggéré à peu près partout, mais que le « fruit » des rapports sexuels reste dissimulé! Enfin, disons que ce serait drôle si ça n’avait pas certaines conséquences assez embêtantes, pour les femmes qui accouchent en premier lieu.

L’imaginaire classique

Si l’on reprend le tableau que je décrivais plus haut, on peut constater que l’imaginaire « classique » est une image assez figée, et qui peut transmettre une idée de danger, de souffrance, de violence même: la femme qui enfante a mal, et elle a besoin d’être entourée de professionnels de la santé afin de savoir quoi faire, quand tout va bien, et quoi faire, si quelque chose se passe mal. Il y a comme une sorte de fatalité dans ce tableau: l’accouchement c’est ça, une certaine dose de douleur par laquelle il faut passer, un certain nombre de contractions, un certain temps plus ou moins long, un certain poids du bébé. Beaucoup de choses quantifiables et mesurables, qui se racontent facilement parce qu’il s’agit d’éléments tangibles, mais qui sont extérieurs au ressenti de la femme qui accouche. On manque souvent de mots pour dire un accouchement, et l’on se concentre donc souvent sur « les moments où ça a fait mal » et les moments de bonheur avec le bébé. Ce qui nous amène à cette image figée, binaire que nous avons en tête depuis le début de mon article, d’une femme réduite et concentrée à sa douleur, puis d’une mère comblée par son tout nouveau-né.

Ce que je trouve dommage dans cette représentation de la naissance, c’est qu’elle ne nous apprend pas grand chose, ni sur notre corps de femme enfantant, ni sur ce que cet événement engage comme initiation pour notre mental, pour notre psychisme de femme et de mère. Elle ne nous est donc pas vraiment utile, et peut même nous être assez néfaste selon moi.

En effet, cette image, ou tout autre image figée de la naissance ne peut pas être représentative du « dynamisme » de l’enfantement, qui se déroule en plusieurs phases, quelque soit la durée de chacune d’elles. Une image figée ne peut pas être représentative du chemin qu’une femme parcourt, depuis ses premières contractions, jusqu’à la mise au monde du bébé. Cette image figée, seulement concentrée sur « l’expulsion », nous prive de notre capacité à envisager le travail comme un processus progressif au cours duquel les femmes peuvent et vont trouver en elles les ressources pour arriver à ce moment de la mise au monde. Nous priver de la représentation de ce parcours, c’est nous priver de notre capacité à imaginer et donc à rechercher nos ressources personnelles, notre force, notre pouvoir.

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@npol_midwife

Nous avons donc, selon moi, tout à gagner non pas forcément à rejeter cette image de la naissance: elle existe, elle peut se dérouler de cette façon. Mais nous pouvons chercher à enrichir nos représentations de l’enfantement, à en connaître les différentes phases, à envisager différentes positions, non pas pour en choisir une, là maintenant, intellectuellement (ce qui ne fait que remplacer une image par une autre), mais simplement pour en avoir plusieurs en tête, pour s’autoriser à envisager l’enfantement comme un événement singulier, unique, pluriel, sur mesure et imprévisible, riche de possibles.

Concrètement ce qu’on peut faire

Concrètement, si tu es enceinte et que tu sens que tu as une image assez figée et stéréotypée de l’enfantement, et quel que soit l’enfantement que tu prévois, non-médicalisé, avec péridurale, par césarienne, je t’encourage à:

→ Dédramatiser. Ce n’est pas grave, et c’est même plutôt normal et fréquent.
→ Dresser le tableau de l’accouchement tel que tu te le représentes aujourd’hui. Prends ton temps. Prends peut-être un papier et un crayon pour écrire, ou même pourquoi pas dessiner. Laisses venir ce que tu vois. Essayes d’observer les détails, pour avoir une vision précise de l’image que ton inconscient a construit pour toi. Tu peux observer le lieu, les gens, les couleurs, les formes, les sons, les odeurs qui te viennent à l’esprit. Notes dans ta tête ou sur un papier cette image.

→ Tu peux te questionner sur l’origine de cette représentation que tu as. Est-ce qu’elle vient de films, de lectures, de témoignages? Est-ce qu’elle est un héritage familial (de type « chez nous on fait des accouchements longs » ou encore « dans la famille, on a le bassin étroit » etc). C’est souvent intéressant de chercher l’origine de nos croyances sur la naissance, car parfois, il suffit de remonter à la source pour réaliser qu’elles ne sont pas fondées.

→ Maintenant que tu as une vision plus claire de ta représentation, tu vas pouvoir commencer à enrichir celle-ci. Tu peux par exemple imaginer le moment avant, le moment après cette image. Tu peux modifier les sons, la couleur de la pièce, ta position, les gens qui t’accompagnent. Comment aimerais-tu que ça se passe?

→ Je t’invite à te documenter (pourquoi pas sur le blog de Karma Mamas, mais il existe d’autres ressources) sur les différentes phases de la naissance, et de les imaginer les unes après les autres. Cela peut faire plusieurs « séquences » qui viendront enrichir ton image de base.

→ Lors de tes médiations, de ta préparation à l’accouchement, après une séance de yoga où dans n’importe quel moment de détente, tu peux te « connecter » à cette nouvelle représentation, continuer à l’enrichir, enlever ou ajouter des éléments, au gré de tes envies, de tes découvertes, de tes avancées.

Attention

Ces propositions ne signifient pas qu’en imaginant simplement ton accouchement, celui-ci se passera exactement comme tu l’as prévu. Le but de ce petit exercice n’est pas de remplacer une image « négative » par une autre plus « désirable », mais d’intégrer le plus pleinement possible que l’enfantement est un événement riche de possibles et d’imprévus! L’idée est de permettre à notre cerveau d’intégrer une représentation la plus satisfaisante possible de l’enfantement, afin de nous permettre le moment venu de vivre les choses de la manière la plus satisfaisante possible.

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@empoweredbirthproject

J’ai, pour ma part, la croyance que nos pensées créent ce que nous vivons ou au moins la façon dont nous vivons les choses, et donc plus nous aurons de pensées positives, riches, initiatiques, belles, grandes, puissantes sur notre enfantement à venir, plus nous mettons de chances de notre côté pour vivre un enfantement à l’image de nos pensées!

Voilà, j’espère que cet article t’aura apporté des pistes de réflexion et l’envie de questionner et de pratiquer ton imaginaire de la naissance. Je propose régulièrement des petits exercices dans les Mots Doux, donc si ça te parle tu peux t’abonner là-haut ↑.

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@maeburkephotography

 

Tu peux également découvrir mon e-book gratuit pour lire mes 5 pistes pour une grossesse sereine, accompagnées d’idées pratiques à t’approprier pour cultiver ton bien-être: ici.

 

 

Je te souhaite une belle journée, prends bien soin de toi,

Kristelle

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