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Accouchement physio – un processus cérébral

Bonjour à toutes et à tous,

Aujourd’hui je vous propose d’entrer un peu plus dans les détails de la mise au monde, et pour commencer, comme je l’ai annoncé dans mon dernier article, nous allons parler de ce qui se passe au niveau cérébral!

Quand j’ai commencé à m’intéresser au processus physiologique de l’accouchement (c’est à dire à comment ça se passe normalement, quand rien ne vient entraver le processus de la mise au monde!), j’ai été émerveillée par ce que j’ai pu lire ou entendre. Nous avons tendance à localiser l’accouchement dans la partie basse de notre corps, ce qui paraît assez naturel puisque tout se passe entre notre utérus et notre vagin, mais j’ai découvert que pour bien comprendre l’accouchement, et pour soutenir ce processus magique, il était important de regarder aussi, et peut-être d’abord, ce qui se passe en haut, dans notre tête, et qui impacte tout notre corps!

père soutenant mère

Qu’est-ce qui provoque l’accouchement? Qu’est-ce qui fait que ce n’est pas le jour d’avant, ni celui d’après, ni même cette heure-là, mais ce moment précis, exact, où le travail se met doucement en route? Qu’est-ce qui fait que notre corps soudain se met à contracter, que ce muscle qu’est l’utérus va peu à peu s’ouvrir et sous la pression du bébé, le laisser passer? Qu’est-ce qui permet à notre périnée de s’étirer de manière inédite pour permettre à notre enfant de naître? Et, très important, quelle est cette magie qui fait que nous nous attachons (en général) à ce petit être tout juste sorti de notre corps? Bref, quel est le moteur de l’enfantement?

Et bien c’est le cerveau, et plus précisément notre cerveau primaire:

«On peut simplifier en disant que la partie la plus active du corps d’une femme qui accouche est la partie primitive de son cerveau – ces structures cérébrales anciennes (hypothalamus, hypophyse, etc.) que nous partageons avec tous les mammifères. Le langage scientifique moderne peut de plus expliquer que, lorsqu’il y a des inhibitions pendant un accouchement […], celles-ci ont pour origine l’autre cerveau, la partie nouvelle du cerveau qui est si développée chez les humains – le «néocortex». […] Cette réduction de l’activité du cerveau de l’intellect, du «néocortex», représente l’aspect le plus important de la physiologie de l’accouchement sur le plan pratique. Cela permet de faire la synthèse des besoins essentiels de la femme qui accouche: la femme qui accouche a besoin d’être à l’abri de toutes stimulations de son néocortex. » Michel Odent, obstétricien.

En fait, pour simplifier encore d’avantage, notre cerveau primitif a en lui la capacité d’envoyer dans notre corps des « messages » sous forme d’hormones qui nous permettent de nous adapter aux situations que nous vivons. Dans ce moment de la mise au monde, un certain nombres d’hormones vont être essentielles, et c’est leur action combinée qui permet un accouchement physiologique, sans difficulté majeure. A priori, ce serait d’abord les hormones déclenchées par le bébé qui décideraient du début de la mise au monde, et les hormones maternelles répondraient par la mise en route du processus d’accouchement!
Cela dit, en tant qu’être humain, nous avons aussi un cerveau « intellectuel », qui analyse, mesure, pèse, réfléchit etc. Or, notre cerveau intellectuel interfère sur notre cerveau primaire! Regardons de plus près comment tout ça fonctionne!

Durant la mise au monde, quatre hormones interviennent de manière majeure. Il s’agit de

  • La prostaglandine → elle permet au col de se ramollir et de se raccourcir avant le début du travail. Cette étape peut durer plusieurs jours et être ressentie par la femme qui va accoucher, ou passer complètement inaperçue et durer à peine une heure.

  • L’ocytocine → elle est le « moteur » de l’utérus et déclenche et soutient les contractions, tout en permettant l‘ouverture et la détente du col, puis du périnée. C’est elle qui permet un travail efficace et rapide. Par ailleurs, outre cette action « mécanique », l’ocytocine est aussi l’hormone de l’attachement, et elle a donc un rôle majeur dans la qualité du lien mère-enfant qui se tisse au moment de l’accouchement. On la retrouve d’ailleurs dans l’allaitement: à chaque fois que le bébé va téter, une montée d’ocytocine va permettre au lait de couler, et à la mère et l’enfant de continuer de tisser ce lien d’attachement mutuel.

 

  • Les endorphines → on les appelle aussi les hormones du bonheur! Elles permettent à la femme en travail de supporter les contractions de plus en plus intenses et favorisent l’ouverture et la détente. Ce sont des anti-douleur naturels, et plus le cerveau en produit, moins la femme qui accouche ressent les contractions de manière douloureuse! Cette hormone intervient aussi dans le développement du lien mère-enfant.

 

  • L’adrénaline → c’est l’hormone qui nous avertit qu’il y a un danger imminent qui nous menace! Elle est importante à deux niveaux lors de l’enfantement. Durant tout le travail (le moment de l’ouverture du col et de la descente du bébé), il sera important de limiter le plus possible l’adrénaline, car elle stimule le cerveau « intellectuel », et elle inhibe l’ocytocine: avec l’adrénaline, notre cerveau primitif envoie le message qu’il faut arrêter de se relâcher, de s’ouvrir, de se détendre, et se préparer à courir et/ou se défendre! En revanche, elle intervient positivement au moment précis de l’expulsion, quand le bébé est sur le point de naître: dans cet instant, la femme qui accouche doit rassembler ses forces, et se préparer à accueillir son bébé en se reconnectant à ce qui se passe autour d’elle!

En terme de survie de l’espèce, les choses sont très bien faîtes car après tout ce temps d’ouverture, de relâchement, de détente, il faut maintenant être prête à protéger le petit être vulnérable qui vient de naître! Bien que n’ayons plus à défendre nos bébés d’éventuels prédateurs, notre cerveau primitif continue de fonctionner comme ça, et ça nous permet d’être pleinement présente pour notre bébé qui vient de naître, alors que quelques instants plus tôt nous étions complètement dans notre bulle, sous l’effet combiné de l’ocytocine et des endorphines!

« A un certain stade de l’accouchement, elles donnent l’impression de se couper du monde, d’ignorer ce qui se passe alentour, d’oublier ce qu’elles ont appris ou lu, comme si elles étaient «sur une autre planète». Ce changement d’état de conscience peut être interprété comme une réduction de l’activité du néocortex. » écrit encore Michel Odent dans L’amour scientifié.

Qu’est-ce que tout ça nous apporte en pratique?

Toute ce savoir théorique, ok, mais qu’est-ce que ça nous apporte en pratique? Et bien ça va nous permettre de réfléchir avant l’accouchement à ce qui va pouvoir stimuler le plus possible nos hormones, et limiter notre stress, puisque le stress (l’adrénaline) inhibe et ralentit l’accouchement!

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Dans un premier temps, on va donc essayer de limiter tout ce qui peut nous créer du stress, et nous faire « réfléchir ». On peut par exemple laisser notre conjoint/e répondre aux questions des professionnels de santé qui nous accueillent à la maternité. On peut couper notre téléphone. On peut se répéter un mantra sécurisant, ou mettre en place la respiration de détente qui nous aide à nous recentrer, et se concentrer sur tout ce qui nous aide au relâchement, et qui va donc déclencher ces hormones.


Or, il y a deux moments dans notre vie de tous les jours où nous produisons déjà les hormones que l’on retrouve dans l’accouchement: quand nous sommes sur le point de nous endormir, et lors des rapports sexuels.
Ça signifie qu’en fait, le moment de la mise au monde est un moment de grande intimité, et que notre cerveau met en place le même type de « message » de détente, de relâchement et d’ouverture, dans ces deux autres moments.
Ce qui est super, c’est qu’a priori, même si vous n’avez jamais accouché, vous êtes une « spécialiste » de votre intimité dans ces moments-là: vous êtes, avec votre partenaire, les mieux qualifiés pour savoir ce qui vous aide à vous endormir et à vous détendre dans l’intimité. Vous allez donc pouvoir réfléchir à ce qui vous permettrait, pendant l’accouchement, de retrouver ce type de détente! De quoi avez-vous besoin dans ces moments-là?
Ici, tout est bon à prendre, et vous pouvez par exemple faire une liste de tout ce qui vous passe par la tête: une musique, un parfum, le noir complet ou au contraire une légère pénombre, un certain tissu, un coussin particulier, une position… tout ce qui vous vient à l’esprit est bon à prendre, et vous pourrez ensuite voir comment vous adapterez vos besoins au lieu où vous accoucherez. Vous pourrez éteindre les lumières, baisser le volume du monitoring, garder près de vous votre peignoir qui vous rappelle la maison…

Enfin, comme je l’évoquais plus haut, un des moments où nous sécrétons le plus d’ocytocine est celui de l’intimité sexuelle. Cela peut vous paraître déconcertant, peut-être même gênant, mais c’est une réalité, et de nombreuses femmes témoignent qu’au moment de leur accouchement, retrouver une intimité sensuelle avec leur partenaire ou en solitaire, leur a permis de faire diminuer la douleur, et d’accélérer le travail. Si vous êtes à l’aise avec cette idée, cela peut être une piste à explorer pour vous sentir en confiance au moment de la mise au monde!

Il est à noter que les professionnels de santé proposent fréquemment une injection d’ocytocine lorsqu’ils estiment que le travail ralentit trop. Bien que cela soit évidemment utile dans certains cas, l’ocytocine de synthèse a quelques désavantages: d’abord elle est dosée par le professionnel de santé, et pas par le cerveau primitif de la femme, donc, malgré tout le professionnalisme du personnel de santé, la quantité sera toujours moins adaptée à ce dont à besoin cette femme-là, à ce moment-là de son accouchement. Cela peut par exemple entraîner des contractions qui sont soudainement beaucoup plus intenses que les précédentes (l’ocytocine fait son travail!, mais le corps n’est pas près pour ça!), alors que d’autre part, les endorphines correspondantes ne sont pas immédiatement disponibles pour jouer leur rôle d’anti-douleur!
Par ailleurs, l’ocytocine de synthèse a bien l’effet mécanique voulu, elle fait contracter l’utérus, mais elle n’aurait pas l’effet affectif qui permet l’attachement. Comme, d’autre part, l’injection envoie dans le corps le message qu’il n’est plus nécessaire de produire l’ocytocine naturelle, cela pourrait donc induire que la femme qui accouche ne recevrait pas un « message » d’attachement à son bébé aussi complet que lorsque l’ocytocine naturelle entre en jeu.
Evidemment, cela ne veut pas dire que les femmes qui accouchent en ayant reçu de l’ocytocine de synthèse ne s’attachent pas à leur bébé, ces processus sont bien plus complexes que ça, et beaucoup de choses entrent en jeu dans ce lien mère-enfant, mais il me paraît important de savoir et de comprendre que l’ocytocine naturelle en fait partie, et que cela peut avoir une influence, un impact.

Il ne s’agit donc pas de refuser systématiquement les hormones de synthèse, qui peuvent être tout à fait utiles si le travail s’arrête et que rien ne permet de le faire reprendre, mais il peut être intéressant d’essayer en premier lieu, de relancer nos propres hormones, en recréant notre intimité, en mettant en place nos « stratégies individuelles », qui diffèrent d’une femme à l’autre, pour permettre à notre corps de se relâcher et de se détendre, et au travail de notre utérus d’être le plus efficace possible!

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Un dernier point pratique me paraît important à soulever. Comme nous l’avons vu, l’accouchement est un moment où nous devons « réfléchir » le moins possible, car notre cerveau primitif a besoin que notre intellect soit au repos, en mode veille, pour faire correctement son travail et envoyer « les bons messages » dans notre corps.

Il est donc important d’avoir des connaissances sur le processus de l’accouchement, mais ces connaissances ne nous serons pas forcément utiles au moment de l’accouchement. Beaucoup de femmes témoignent par exemple que la préparation qu’elles ont pu faire ne leur a pas servi à grand chose le jour J. Peut-être tout simplement parce que cette préparation était restée intellectuelle. Pour qu’une préparation soit utile, efficace dans l’accouchement, il me semble qu’il faut donc que nous l’ayons intégrée, que nous n’ayons pas à y réfléchir. Par exemple, si au moment des contractions, nous sommes en train de nous demander comment respirer « correctement », en essayant de nous souvenir de nos cours de préparation, notre respiration sera probablement moins efficace que si nous n’avons même pas à nous poser la question, parce que nous avons tellement pratiqué cette respiration pendant la grossesse que nous le faisons naturellement, mécaniquement. De la même manière, que l’on se prépare par haptonomie, chant prénatal, auto-hypnose, yoga, sophrologie etc… plus cette pratique sera intégrée, comprise en nous, dans notre corps, moins nous aurons besoin de venir chercher cette ressource avec notre cerveau: notre cerveau enverra son message ocytocine-contraction-ouverture et notre corps mettra en place automatiquement ce pour quoi nous l’avons préparé en amont!

Une « bonne » préparation n’est donc pas forcément telle ou telle technique, mais celle qui vous conviendra tellement que vous aurez envie qu’elle fasse partie de votre quotidien, que vous pourrez la pratiquer tout au long de votre grossesse, pour qu’elle fasse partie de vous au moment de l’accouchement, et qu’elle soit une ressource à laquelle vous n’ayez plus besoin de réfléchir, et que vous pourrez mettre en place automatiquement au moment opportun pour vous!

Voilà, j’espère que cet article vous aura apporté quelques clefs théoriques et des pistes pour votre propre accouchement si vous vous en approchez, et j’espère aussi que cette approche, qu’elle vous soit familière ou non, vous aura donné envie d’en savoir encore plus, et que vous êtes, comme moi, émerveillée par l’intelligence de notre corps! La grossesse et l’enfantement sont de super moments pour apprendre à mieux nous connaître et nous faire confiance, développer nos propres ressources et aller chercher au fond de nous-même ce dont nous avons besoin pour nous sentir bien, et être capables de mettre au monde nos enfants comme nous le souhaitons! Quel pouvoir!

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A très bientôt avec de nouveaux articles, et d’ici-là si ce sont des pratiques qui vous parlent vous pouvez retrouver les vidéos de yoga et de relaxation sur le site!

Kristelle

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