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Accouchement physiologique

Bonjour à toutes et à tous!,

Aujourd’hui j’ai eu envie de vous parler plus spécifiquement de l’accouchement, et d’aborder une notion qui me semble importante. Il y a énormément à dire, à écrire, à penser sur la mise au monde, et bien que la science nous éclaire de plus en plus sur les processus de l’enfantement, même les plus grands spécialistes de la question sont probablement loin de tout savoir, de tout connaître, et personnellement, c’est ce qui me touche tellement: face à de tels mystères, on ne peut que se sentir humble et ému, non? J’aime à penser à l’enfantement comme un processus à la fois très physique, très mental, et très spirituel. Pour moi, il se passe quelque chose sur différents aspects de notre être, et c’est de cette façon que j’aime l’aborder, que je ressens que tout notre être est englobé, compris dans ce processus, et que ce processus est le plus complet possible, et nous permet de vivre cette expérience de manière satisfaisante, mais aussi de nous préparer à tout ce qui suit: la vie avec un bébé, un enfant, un ado et un adulte-qui-reste-notre-enfant. Evidemment, je ne vous demande pas d’adhérer à ma vision des choses, tout ça est très personnel, mais, tout en vous proposant des informations « cartésiennes » sur la grossesse et l’accouchement, je vous invite à explorer aussi d’autres aspects de cette période de vie, qui peut vous amener à des transformations intérieures bénéfiques qui seront peut-être des ressources précieuses pour votre maternité, et pour la vie en générale! Alors ne nous privons pas de tout ça!

 

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A travers cet article, j’ai donc eu envie d’éclaircir avec vous la notion d’accouchement physiologique, que l’on appelle aussi parfois accouchement « naturel » ou accouchement « libre ». De plus en plus de maternités et cliniques sont équipées des fameuses « salles nature », et se disent ouvertes à ces « pratiques », et si vous lisez des livres de grossesse, vous tomberez probablement sur cette notion, surtout si vous êtes dans une démarche qui va justement dans ce sens.

Au risque de vous surprendre, je trouve pour ma part que les termes d’accouchement « naturel » et « libre », sont assez galvaudés, et ce sont selon moi des expressions à double tranchant. Derrière les mots « naturel » et « libre », on place souvent certaines valeurs, et cela nous renvoie à un imaginaire qui peut parfois être encombrant quand on envisage l’accouchement.

Pour certaines, un accouchement « naturel » peut en effet évoquer un accouchement plus authentique, plus sain, presque « bio », un accouchement qui n’aura pas été perturbé par des processus artificiels. C’est une vision positive, mais si les choses ne se passent pas comme prévu, alors l’accouchement sera-t-il vécu comme non-authentique, pas assez sain, avec une valeur moindre, artificielle? En mettant ainsi des valeurs positives dans la notion d’accouchement naturel ou libre, on prend le risque de vivre une expérience qui ne correspond pas à nos attentes si toutefois l’accouchement prenait une tournure imprévue!

A l’inverse, le côté « nature » et « libre » peut être perçu par certaines femmes comme moins rassurant, comme un retour en arrière, comme quelque chose de folklorique et de peu sûr, réservé à des femmes qui se teintent les cheveux au henné et qui croient à l’influence de la Lune et des planètes. (Je caricature exprès, et la Lune a une grande influence sur moi!). Et c’est là aussi dommage, car en mettant des valeurs marginales voire négatives sur ce type d’accouchement, on peut se priver d’une expérience fondatrice de sa vie, et l’on peut être amenée, plus tard, à regretter de ne pas avoir vécu certains aspects de l’accouchement dans leur totalité, même quand « tout s’est bien passé ». Et cela peut aussi avoir des conséquences sur le déroulement de l’accouchement, et pas simplement sur le ressenti que nous en avons!

 

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Ces expressions « d’accouchement naturel » ou « libre » sont donc, selon moi, à manipuler avec précaution, car ils renvoient à un imaginaire que l’on ne maîtrise pas toujours, dont on n’a pas forcément conscience, et puis surtout, ils masquent une réalité qui est pourtant fondamentale: par accouchement naturel, on veut en fait souvent dire accouchement physiologique, or un accouchement est:

  • soit physiologique
  • soit pathologique

Il n’y a pas de valeur morale dans l’accouchement physiologique. C’est simplement une naissance durant laquelle il n’y a pas de pathologie, pas de danger ni pour la mère, ni pour l’enfant. C’est un accouchement qui suit le processus physiologique du passage du bébé de l’utérus maternel au monde extérieur. C’est tout. Un accouchement physiologique, par conséquent, logiquement, n’a pas besoin d’être médicalisé: il n’y pas de pathologie à traiter, pas de diagnostique à faire, pas de décision d’intervention à pratiquer. L’accouchement se fait « de lui-même ». Le personnel médical qui accompagne un accouchement physiologique est normalement là juste pour vérifier que l’on reste bien dans la physiologie, mais ce ne sont pas les actions médicales qui font que l’accouchement reste physiologique: il n’y a rien à faire, puisque le corps de la maman et du bébé font exactement ce pour quoi ils sont programmés: naître et mettre au monde ce bébé qui a grandi de manière physiologique dans l’utérus.

C’est exactement pareil pour la grossesse: une grossesse est physiologique quand il n’y a pas de danger ni pour la mère, ni pour l’enfant, et que le processus de maturation du bébé/foetus se fait harmonieusement, en santé. On peut « surveiller » que tout reste bien dans la physiologie (qu’aucune pathologie ne se déclare), mais, malgré tous les examens de plus en plus nombreux, de plus en plus complets que l’on peut faire, malgré un suivi médical de plus en plus resserré, en vérité, on n’aide pas le bébé à grandir, à se développer, à avoir progressivement des yeux, des mains, de la peau, des cils… Tout cela se fait physiologiquement, parce que le corps est programmé pour ça, et le suivi médical sert à observer l’évolution du bébé, mais ce n’est pas la médicalisation qui permet le développement du bébé, elle nous donne simplement des informations sur ce qui se passe dans notre corps, et c’est à nous ensuite, d’agir en conséquence, en prenant éventuellement plus de fer, plus de magnésium, en adaptant notre mode de vie etc.

Voilà pourquoi il me semble si important de replacer l’expression « accouchement physiologique » dans sa véritable signification: il n’y a rien de moral, ou d’éthique dans un accouchement physiologique. Il y a simplement à laisser faire, en surveillant, au plus près de la physiologie, que tout se passe bien pour la maman et le bébé qui vivent cette naissance. Et quand on connait la physiologie de l’accouchement, on comprend que cette surveillance devrait être la plus discrète possible, la moins intrusive, la plus légère et douce qui soit.

Qu’est-ce qu’on peut faire en pratique en tant que future maman?

Vous vous dîtes peut-être que tout ça paraît très simple en théorie, mais qu’en pratique, ça ne vous avance pas beaucoup. Voilà ce à quoi je vous invite:

  • Renseignez-vous sur la physiologie de l’accouchement: je vais publier plusieurs articles qui entreront plus dans les détails de manière accessible, et qui vous permettront je l’espère de comprendre d’avantage notre corps et tout son super pouvoir de mise au monde! Il existe aussi plein de livres très bien faits qui nous donnent accès à toutes ces infos! Nous avons beaucoup de chance que la science nous permette de comprendre notre corps de mieux en mieux, et que des auteurs mettent à notre disposition tout ce savoir, alors profitons-en!
  • Renseignez-vous sur les différents gestes que l’on pratique durant la grossesse et l’accouchement, et sur leurs effets physiologiques. En France, pour qu’un acte médical soit pratiqué sur un-e patient-e, il est nécessaire que celle-ci donne son consentement. Bien souvent pendant la grossesse, et dans une suite logique durant l’accouchement, on ne se pose pas nécessairement la question de savoir si tel ou tel acte est bénéfique ou nocif, car nous avons confiance dans les professionnels de santé qui nous entourent. C’est humain, et ça paraît normal puisqu’ils ont des années de formation et d’expérience que nous n’avons pas, mais quand un geste nous paraît curieux, ou nous met mal à l’aise, ou simplement nous questionne, nous sommes tout à fait en droit de demander son utilité.
  • En connaissant la physiologie de notre corps, et ce que les gestes médicaux provoquent physiologiquement, nous sommes en mesure de prendre la décision de façon éclairée de consentir ou non à un geste ou un acte médical.

Je vous donne un exemple concret à la fois pour la grossesse et pour l’accouchement, avec le toucher vaginal.

Le toucher vaginal permet au praticien d’examiner le col de l’utérus, et de vous dire si celui-ci est ouvert ou fermé (il y aurait plus à dire mais je fais court!), et de mesurer la progression de l’accouchement: plus le col est ouvert, plus l’accouchement avance.
On sait que ce sont les contractions qui provoquent l’ouverture du col, et qu’il faut qu’elles soient assez nombreuses et assez intenses pour avoir un effet sur celui-ci. C’est la physiologie. On peut donc se demander s’il est bien utile, en cours de grossesse, si vous n’avez aucune contraction, d’examiner votre col, puisque cela sert uniquement à savoir s’il s’est ouvert! Physiologiquement, il n’y a aucun risque que votre col soit ouvert, et donc que vous accouchiez prématurément, puisque vous n’avez pas de contractions! Le toucher vaginal n’a donc aucune utilité médicale, c’est juste une habitude (qui n’existe pas dans beaucoup d’autres pays d’ailleurs!)
A l’inverse, si vous avez des contractions, on sait également que physiologiquement, plus on va stimuler l’utérus, plus il y aura de risques que les contractions augmentent. Or, lors d’un toucher vaginal, le praticien va précisément toucher le col de l’utérus, et donc le stimuler! En voulant mesurer l’éventualité d’un risque, on renforce celui-ci!
→ Je ne veux pas dire par là qu’il ne faut plus accepter aucun toucher vaginal durant la grossesse. Simplement que la physiologie nous aide comprendre qu’il y a un vrai choix à faire: on peut souhaiter se faire examiner si l’on craint un accouchement prématuré car on ressent beaucoup de contractions, et que l’on souhaite savoir s’il faut se mettre au repos, ou si tout est ok! Ça peut être rassurant et/ou nécessaire! Mais il n’est pas forcément souhaitable, ni utile de pratiquer un toucher vaginal de manière systématique!

 

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Durant l’enfantement, le toucher vaginal va permettre de surveiller l’avancée du travail en mesurant l’ouverture du col. On sait que physiologiquement, ce qui va aider une femme à mettre au monde son enfant, c’est de pouvoir se centrer sur ce qu’elle vit, se détendre, et se laisser complètement aller. On peut donc se demander si le fait de pratiquer des touchers vaginaux durant l’accouchement ne vient pas perturber cette détente et cette concentration puisqu’il va falloir entrer en interaction avec le praticien, se mettre dans une position qui convienne pour l’examen, et se déconnecter de ce que l’on ressent et vit de l’intérieur pour recevoir l’information que nous donne le praticien.
→ Là encore, il ne s’agit pas de dire que les touchers vaginaux durant l’enfantement devraient être bannis! On a parfois besoin de savoir où en est, et il peut paraître logique qu’en arrivant à la maternité on nous propose d’être examinée pour voir comment le travail avance. Mais là encore les touchers vaginaux à répétition ne sont pas toujours utiles voire même nocifs, s’ils viennent perturber la mère dans son travail! On est ici face à un geste qui a pour but de surveiller que l’accouchement reste physiologique, mais qui peut justement entraver la physiologie, et par conséquent, amener des complications, même si cela a « juste » pour effet de ralentir le travail.

Comme vous l’avez sans doute compris, pour moi, tout est donc affaire de choix, et je pense qu’il y a une grande différence entre le fait de se dire:

  • « On m’a fait un toucher vaginal pour savoir où en est mon col. »
    et
  • « J’ai souhaité avoir un toucher vaginal pour savoir où en était mon col. »

Tout repose sur le consentement, et sur le choix de la patiente, sur le fait que dans un cas, nous subissons un geste médical, et dans l’autre, nous avons le pouvoir d’accéder à une information que nous donne le praticien sur notre corps. Et pour que ce choix puisse être fait, il faut un minimum de connaissance de la physiologie, à mon sens!

Voilà, je vous propose de digérer cette notion, qui ne vous est peut-être pas nouvelle, ou qui vous a peut-être au contraire apporté un nouvel horizon de réflexion, mais qui me paraissait en tout cas intéressante à aborder en premier lieu, et je vous invite à me retrouver pour le prochain article qui parlera donc encore de l’accouchement, et, au risque de vous surprendre à nouveau, je vous l’annonce tout de suite: l’accouchement est avant tout un processus cérébral!

 

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A très bientôt donc, et n’hésitez pas à suivre Karma Mamas sur les réseaux et à vous abonner au site pour ne pas rater ce prochain article! D’ici-là prenez soin de vous et de vos bidous!

 

Kristelle

 

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3 commentaires sur “Accouchement physiologique

  1. Coucou! Je n’ai pas eu le temps de lire cet article, j’y reviendrai. Mais depuis peut être 1 an j’ai peur d’accoucher et d’être enceinte… Pourtant, avant, je ne me posais pas la question et j’ai toujours eu en tête que j’aurai un enfant. Pourtant ma situation de couple et professionnelle me permettrait largement cette nouvelle vie… J’me pose des questions 😋 Je m’abonne à ton site qui pourra peut être m’aider… A bientôt.

    1. Bonjour!,
      Merci pour ta confiance et pour ton intérêt, ton commentaire me touche beaucoup!
      Peut-être que quelque chose a changé pour toi, qu’un évènement que tu n’as pas directement associé à la maternité est venu modifier ta vision de manière négative? En tout cas, si tu ne te sens pas prête, il n’y a rien à forcer, même si tout autour de toi te permettrait d’avoir un enfant: le plus important ça reste sans doute notre désir profond, non? Mais peut-être que tu aimerais, et que tu as peur, c’est ça? Si tu as ce désir, mais que ce sont certaines peurs qui te retiennent, il y a plein de façon de travailler dessus, mais encore une fois, rien ne presse, ce n’est peut-être simplement pas « le bon moment » pour toi, même si ta situation te le permettrait!
      Merci à toi pour ton partage en tout cas, encore une fois je trouve ça très touchant!
      Kristelle

      1. Exactement… Je travaille sur moi depuis très peu de temps. Très peu de temps parce que je crois qu’avant je ne voulais tout simplement pas d’enfants avant mes 30 ans. Je me suis toujours dit ça mais à quoi bon… Mon conjoint est au courant de mes peurs et me rassure. Là j’avoue que je vais déjà « mieux », que je me sens de plus en plus prête et je crois que c’est en partie grâce à ce type d’articles. Merci à toi!

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